Une paix définitive, féconde et contagieuse

Comment le monde donne-t-il la paix et comment le Seigneur la donne-t-il ? S'agit-il de deux paix différentes ?
  1. C’est achevé
  2. Pâques a apporté la fraternité et le dialogue
  3. Messagers de la Joie de l’Évangile
  4. Sans une vision d’ensemble, il n’y aura d’avenir pour personne
  5. L’Église et l’équilibre du vélo
  6. La mission de Jésus
  7. La prière d’abord. Ensuite, le reste
  8. Demeurer en Jésus, voilà la vie chrétienne
  9. Demeurer uni à Jésus pour porter beaucoup de fruit
  10. Comment se transmet la foi
  11. Une paix définitive, féconde et contagieuse
  12. Conseils aux consacrés pour être féconds : prière, pauvreté, patience
  13. La lumière du diable s’évanouit, celle du Seigneur est permanente
  14. Un équilibre délicat entre vie cachée et visibilité

Partage : Quels sont les mots qui attirent mon attention et pourquoi ? Qu’est-ce que ce passage dit? Qu’est-ce que ces paroles ont à voir avec ma vie ? Qu’est-ce que je réponds à cette Parole ?

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car il vient, le prince du monde. Certes, sur moi il n’a aucune prise, mais il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que je fais comme le Père me l’a commandé. Levez-vous, partons d’ici. (Jn 14, 27-31)

Une paix définitive, féconde et contagieuse [1]

Avant de partir, le Seigneur salue les siens et leur fait don de la paix, la paix du Seigneur : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Il ne s’agit pas de la paix universelle, cette paix sans guerre que nous voudrions avoir toujours, mais la paix du cœur, la paix de l’âme, la paix que chacun de nous a en lui. Et le Seigneur la donne, mais – souligne-t-il – pas à la manière du monde. Comment le monde donne-t-il la paix et comment le Seigneur la donne-t-il ? S’agit-il de deux paix différentes ? Oui.

Le monde vous donne la “paix intérieure” – je veux parler de la paix de notre vie, d’une vie qui a le “cœur en paix” –, une paix intérieure qui est comme un bien qui t’appartient, qui est à toi et qui t’isole des autres, que tu gardes en toi : c’est ma paix. Et sans t’en rendre compte, tu t’enfermes dans cette paix, une paix pour toi, pour chacun, une paix “unique”, une paix qui te rend calme, et même heureux. Et cette tranquillité, ce bonheur t’endort un peu, t’anesthésie et te fait rester avec toi-même avec une certaine tranquillité. C’est un peu égoïste : la paix pour moi, gardée en moi. C’est la paix du monde. Mais c’est une paix qui coûte cher, parce qu’il faut constamment changer les “instruments de paix” : quand ce qui t’enthousiasmait et te donnait la paix se termine, il faut trouver autre chose… C’est une paix qui coûte cher parce qu’elle est temporaire et stérile.

La paix que donne Jésus c’est autre chose. C’est une paix qui te met en mouvement : elle ne t’isole pas, elle te met en mouvement, elle te fait aller vers les autres, elle crée une communauté, elle crée la communication. La paix du monde coûte cher, la paix de Jésus est gratuite, elle est gratuite ; c’est un don du Seigneur. Elle est féconde, elle te fait toujours avancer.

Il y a un exemple dans l’Évangile qui me fait penser à cette paix que donne le monde : celle de cet homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? [2] ” C’est une paix immanente, qui n’ouvre pas ses portes sur l’au-delà. La paix du Seigneur en revanche s’ouvre sur l’endroit où il se rend, elle est ouverte sur le Ciel, sur le Paradis. C’est une paix féconde qui s’ouvre devant toi et qui emmène les autres avec toi au Paradis.

Je pense que cela nous aidera à réfléchir un peu : quelle est ma paix, qu’est-ce que qui me donne la paix ? Est-ce que je la trouve dans les choses matérielles, le bien-être, les voyages – mais en ce moment on ne peut plus voyager – ou dans d’autres choses, ou est-ce que je la trouve comme un don du Seigneur ? Dois-je payer pour la paix, ou est-ce que je la reçois gratuitement du Seigneur ? À quoi ressemble ma paix ? Si je rate quelque chose, est-ce que je me fâche ? Alors ce n’est pas la paix du Seigneur. C’est l’un des tests. Suis-je tranquille, est-ce que je m’endors avec “ ma paix ” ? : elle ne vient pas du Seigneur. Est-ce que je veux communiquer ma paix aux autres pour faire avancer les choses ? C’est la paix du Seigneur ! Cette paix reste-t-elle en moi même dans les moments difficiles? C’est la paix du Seigneur ! La paix du Seigneur porte des fruits pour moi aussi parce qu’elle est pleine d’espérance : elle regarde le Ciel.

Hier – pardonnez-moi de raconter cela, mais ce sont des choses de la vie qui me font du bien – j’ai reçu une lettre d’un prêtre, un bon prêtre, qui m’a dit que je parle peu du Ciel, que je devrais en parler davantage. Et il a raison, il a raison. C’est pourquoi je voulais aujourd’hui souligner ceci : cette paix, cette paix que Jésus nous donne, est une paix pour le présent et pour l’avenir. Elle consiste à commencer à vivre le Ciel, à ressentir la fécondité du Ciel. Ce n’est pas une paix anesthésiante. Alors que l’autre l’est : les choses du monde t’anesthésient et quand la dose d’anesthésie est terminée, tu prends une autre dose, et une autre, et une autre… La paix de Jésus est une paix définitive, féconde et contagieuse. Elle n’est pas narcissique, car elle est toujours tournée vers le Seigneur. L’autre te regarde : elle est un peu narcissique.

Que le Seigneur nous donne cette paix pleine d’espérance, qui nous rend féconds, qui nous rend communicatifs avec les autres, qui crée la communauté et qui regarde toujours vers la paix définitive du Paradis.

[1] Homélie du pape François à la chapelle Sainte Marthe – 12 mai 2020

[2] Lc 12, 18-20.

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Share on email
Email
Share on whatsapp
WhatsApp

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Suggestions de lectures

Pape François

Un équilibre délicat entre vie cachée et visibilité

Les monastères vivent un équilibre délicat entre vie cachée et visibilité, clôture et participation à la vie diocésaine, le silence priant et la parole qui annonce. De quelle manière un monastère en ville peut-il enrichir, et se laisser enrichir par la vie spirituelle du diocèse et par les autres formes de vie consacrée, tout en restant ferme dans ses prérogatives monastiques?
Le mariage et la virginité chrétienne sont deux modes de réalisation de la vocation à l’amour. Fidélité, persévérance, unité du cœur, sont des engagements et des défis pour les époux chrétiens comme pour nous, personnes consacrées: comment éclairer le chemin les uns des autres, les uns pour les autres, et cheminer ensemble vers le Royaume?

Lire »
Pape François

Une mystique évangélique du «nous»

Le charisme de l’unité est un stimulant providentiel et une aide puissante pour vivre cette mystique évangélique du « nous »; c’est-à-dire pour marcher ensemble dans l’histoire des hommes et des femmes de notre temps avec « un seul cœur et une seule âme » , en se découvrant et en s’aimant concrètement comme les « membres les uns des autres » . Jésus a prié le Père pour cela: « Afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » , et il nous a montré le chemin en lui-même, jusqu’au don total de tout dans le dépouillement abyssal de la croix . Telle est la spiritualité du « nous ». Vous pouvez faire à vous-mêmes, et aussi à d’autres, pour plaisanter, ce test. Un prêtre qui est ici — plus ou moins caché — m’a fait ce test. Il m’a dit: « Dites-moi, père, quel est le contraire du “moi”, l’opposé du “moi”? ». Et je suis tombé dans le piège, et immédiatement j’ai dit: « toi ». Et il m’a dit: « Non, le contraire de tout individualisme, du moi et du toi, c’est le “nous” ». Le contraire est « nous ». C’est cette spiritualité du nous, celle que vous devez promouvoir, qui nous sauve de tout égoïsme et de tout intérêt égoïste. La spiritualité du nous.

Lire »
Pape François

S’il te plaît, merci, pardon

Pour le croyant la gratitude est au cœur même de la foi: un chrétien qui ne sait pas remercier est quelqu’un qui a oublié la langue de Dieu. Cela est laid! Rappelons-nous de la question de Jésus, quand il guérit dix lépreux et que seul l’un d’eux revint le remercier . Une fois j’ai entendu une personne âgée, très sage, très bonne, simple, mais avec cette sagesse de la piété, de la vie, qui disait: « La gratitude est une plante qui ne grandit que dans la terre des âmes nobles ». Cette noblesse d’âme, cette grâce de Dieu dans l’âme nous pousse à dire merci à la gratitude. C’est la fleur d’une âme noble. C’est là une belle chose.

Lire »
Pape François

On est chrétiens à chaque instant! Totalement!

Nous vivons à une époque où on est assez sceptique à l’égard de la vérité. Benoît XVI a parlé très souvent du relativisme, c’est-à-dire de la tendance à estimer qu’il n’y a rien de définitif, et à penser que la vérité est donnée par le consensus et par ce que nous voulons. La question se pose : « la » vérité existe-t-elle vraiment ? Qu’est-ce que « la » vérité ? Pouvons-nous la connaître ? Pouvons-nous la trouver ? Ici me vient à l’esprit la question du Procureur romain Ponce Pilate quand Jésus lui révèle le sens profond de sa mission : «Qu’est-ce que la vérité?». Pilate n’arrive pas à comprendre que « la » Vérité est en face de lui, il ne parvient pas à voir en Jésus le visage de la vérité, qui est le visage de Dieu. Et pourtant, Jésus est précisément cela : la Vérité, qui dans la plénitude des temps « s’est faite chair » , est venue au milieu de nous pour que nous la connaissions. On ne s’empare pas de la vérité comme d’une chose, on rencontre la vérité. Elle n’est pas une possession, elle est une rencontre avec une Personne.

Lire »
Pape François

La lumière du diable s’évanouit, celle du Seigneur est permanente

Le diable est dangereux, il sait bien parler. Il parle très bien. Pas seulement: Il sait aussi jouer de la musique, chanter. C’est le grand menteur, le père du mensonge. Du reste, ses propositions sont toutes des mensonges, toutes. Mais malheureusement, il présente des mensonges et nous le croyons. C’est un vaincu, mais il agit comme un vainqueur. Au point qu’il est aussi capable de nous donner la lumière, il illumine! Mais la lumière du diable est fulgurante, comme un feu d’artifice, et elle n’est pas durable. Elle dure un instant, puis elle s’évanouit. En revanche, la lumière du Seigneur est douce, mais permanente.

Lire »
Pape François

Où est le scandale ?

Le Seigneur prépare ses disciples au futur. Et il y a un mot qui semble un peu étrange: scandaliser. Jésus dit, d’après ce qu’en rapporte Jean : « Je vous ai dit ces choses afin que vous n’ayez pas à vous scandaliser ». La question à comprendre est : « de quel scandale parle Jésus ? Du scandale des persécutions qui auront lieu, du scandale de la croix ? Pour cela, un chrétien qui ne prend pas au sérieux cette dimension “du martyre” de la vie n’a pas encore compris le chemin que Jésus nous enseigne : la route “du martyre” de chaque jour; la route “du martyre” dans la défense des droits des personnes; la route “du martyre” dans la défense des enfants: le papa et la maman qui défendent la famille ; la route “du martyre” de très nombreux malades qui souffrent par amour pour Jésus. Nous avons tous la possibilité de porter cette fécondité pascale sur la route “du martyre”, sans nous scandaliser.

Lire »
Luc Labrecque

L’amour, ce n’est pas des sentiments ou des paroles, mais des faits

L’amour se réalise dans la vie de chaque jour, dans les attitudes, dans les actions; autrement, c’est seulement quelque chose d’illusoire. Ce sont des mots, des mots, des mots: ce n’est pas de l’amour. L’amour est concret, chaque jour. Jésus nous demande d’observer ses commandements, qui se résument en ceci: « Vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés »

Lire »